Publié par : anmbols le : août 31, 2008
e président de La Poste, Jean-Paul Bailly, a précisé, jeudi 28 août, le projet de transformation de l’établissement public en société anonyme avec ouverture de son capital. “Si le projet est bien inscrit dans la transposition en droit français de la troisième directive européenne postale de 2009, alors le changement de statut pourra être effectif en janvier 2010″ et “l’augmentation de capital pourrait intervenir en janvier 2011″, a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse.
Le dossier sera présenté au gouvernement dans les jours qui viennent. La ministre de l’économie Christine Lagarde et le secrétaire d’Etat à l’industrie et à la consommation Luc Chatel devraient engager dans les prochains jours des consultations avec les partenaires sociaux et les élus locaux.
L’”Etat restera très largement majoritaire”, a insisté M. Bailly, notant qu’il est inexact de “parler de privatisation” puisque la mission de service public de La Poste empêche selon lui l’Etat de descendre en dessous de 50 % du capital.
Concernant l’ouverture de 10 % à 20 % du capital, précédemment évoquée, M. Bailly a estimé qu’il était “prématuré” de calculer une valorisation du groupe et donc d’évaluer la part du capital qui sera mis en Bourse.
“Nous avons besoin de 3,5 milliards d’euros dans les trois ans qui viennent pour financer notre développement”, a-t-il toutefois souligné. L’argent levé à l’occasion de l’ouverture du captal irait par conséquent dans les caisses de La Poste pour financer sa croissance, et non dans celles de l’Etat actionnaire.
M. Bailly n’a eu de cesse de présenter ce projet comme nécessaire pour faire face à la libéralisation totale du courrier en 2011 et à la consolidation du secteur en Europe. “Les grandes manoeuvres ont déjà commencé en Europe. Nous avons pris du retard, il ne faut pas continuer. Nous ne pouvons pas prendre le risque de sortir du groupe des grands européens”. Et de citer la réussite de la Deutsche Post, une “référence” en matière de développement, même si elle connaît aujourd’hui des difficultés.
JOURNÉE D’ACTION SYNDICALE
Le groupe a des objectifs ambitieux : il vise en 2012 un chiffre d’affaires supérieur à 23,5 milliards d’euros et une rentabilité de 8,5 %, pour se maintenir dans le peloton de tête des opérateurs postaux européens.
Après avoir écarté l’hypothèse de l’entrée de fonds de pension au capital, la direction de La Poste indique travailler sur deux variantes. L’une serait institutionnelle, avec une entrée de la Caisse des dépôts. L’autre, qui semble d’avantage séduire le groupe, serait un appel à “l’épargne populaire” en développant l’actionnariat salarié.
Autre piste également envisagée : la mise enplace de partenariats industriels. “Nous devons être capables de saisir des opportunités et ne pas nous trouver obligés de faire des arbitrages”, a insité M. Bailly.
La direction du groupe a beau assurer que l’Etat restera majoritaire et que La Poste continuera d’être une entreprise publique, que ses missions et le statut des postiers ne seront pas changés, les syndicats, vivement opposés au projet dévoilé début juillet, ont immédiatement réagi. Ils voient dans ce projet une “privatisation”, synonyme à leurs yeux d’une dégradation du service aux usagers et de l’emploi des 280 000 postiers, dont 60 % de fonctionnaires. Cinq organisations (CGT, Sud, CFDT, FO et CFTC) se réunissent mardi 2 septembre pour définir les modalités d’une “journée d’action nationale” dans les prochains jours.
Martine Picouët